Copenhagen

CPHG12_11ARICIA organisait, au printemps 2011 et en septembre 2012, quatre séjours à Copenhagen et Malmö (JCX, Lux Innovation, Steinmetz & De Meyer, Beiler + François) . La capitale danoise, que j’avais visité en 1997 avec, notamment, André Ruwet, rédacteur en chef du magazine « Imagine », m’a particulièrement frappé par sa modernité, son dynamisme et sa jeunesse. Comme Malmö et avec elle, la ville a réussi sa mue, au sein de l’euro-région Øresund. L’inauguration, en 2000, du pont reliant le sud de la Suède à l’île de Seeland a marqué symboliquement un changement, amorcé, de part et d’autre du détroit, au début des années 90 : Copenhague planifiait son métro et entamaît l’urbanisation de l’énorme zone la séparant de l’aéroport (Ørestad) ; Malmö innovait en concevant l’éco-quartier Bo01 dans le cadre d’une exposition internationale consacrée à l’habitat et se dotait d’un réseau ferroviaire efficace, souterrain.

A Copenhagen, nos interlocuteurs nous apprendront que la ville fût parmi les premières, en 1961, à bannir la voiture de certaines rues. A partir de cette décision audacieuse, par petites touches et petits pas, l’espace public va, au fil des années, gagner l’attention des autorités. Les places vont être investies, les bords d’eau aménagés, les rues accaparées par les cyclistes. Aujourd’hui, Copenhagen est devenu la capitale du vélo : malgré le froid (voyez quelques belles illustrations ici ) la bicyclette est devenu le mode normal de déplacement. Des espaces publics multifonction à l’architecture soignée, design danois oblige, agrémentent les places et des piscines urbaines, à ciel ouvert, sont construites dans les bras de mer.

« Cities for people », c’est le nom d’un des ouvrages des architectes Jan Gehl et Lars Gemzøe. En résumé, voici leur vision de l’urbanisme : d’abord la vie, puis l’espace public, puis seulement le bâtiment. Ils ont développé une méthode basée sur l’observation des comportements humains dans la cité. « Chaque ville connaît les chiffres précis de son trafic automobile. Peu d’entre elles recensent les comportements spaciaux de leur population. Nous le faisons, depuis des décennies, notamment à Copenhagen mais aussi en Australie. Cela nous a permis de comprendre ce qui marche, ce qui est important pour que les gens se sentent bien dans leur ville » nous explique Lars Gemzøe face à l’Opéra Royal.

Au cours de nos séjours, nous avons rencontré deux autres membres de l’agence Gehl Architects : Christian Vilardson et Eva Westermark. Lui nous parlera (dans la cage d’escalier de l’immeuble de leur agence) de leur intervention sur un quartier difficile de Malmö. Ewa, qui nous fera visiter Vatsra Hamnen, évoquera la mission de Gehl sur Time Square et Brodway à New York.

La vie à Copenhagen, telle que nous avons pu la découvrir en certains quartiers, semble bien répondre à cette vision de Jan Gehl. « Vibrant city », comme on lit ici et là et comme on découvre près du Play House, sur les quais et dans le très beau Sluseholmen (architectes Arkitema).

Tout n’est pas parfait.
Ørestad est cette longue langue de terrain devenue ville, reliant Christianhavn à la zone de l’aéroport. Enorme projet mené depuis le début des années 90 par By&Havn, société de développement constitué par la ville et le ministère des transports (Port). Le quartier accueille quelques bâtiments phares de l’architecture contemporaine : les immeubles de logements conçus par PLOT (devenu BIG et JDS) : la maison Montagne, la maison VM, et, plus au Sud, 8Tallet (« la grande motte » selon un de mes voyageurs) ; le DR Concert Hall de Jean Nouvel (dont la construction a ruiné la Radio publique) ; Tietgenkollegiet (Lundgaard et Tranberg Architects), merveilleuse résidence d’étudiant voulue par le banquier mécène Nordea.

Ørestad héberge plus de 6000 nouveaux habitants et a su attirer, du fait de sa situation favorable, de grandes sociétés de l’industrie pharmaceutique et des IT, notamment internationales. Le centre commercial Fields y est implanté.

Autant certains immeubles et l’espace public ici peuvent séduire, autant l’ensemble urbain semble peu réussi: mono-fonctionnalité et absence de mixité sociale, échelle démesurée, métro aérien, … Est-ce, comme le relève une plaquette de présentation, une question de temps (maladie de jeunesse) ou est-ce, comme le suggèrent certains critiques (notre guide du Danish Architecure Center ou encore Christian Cold), un problème de conception ?

Il est certain qu’entre l’élaboration en 1994 du Master plan de Orestad par les architectes finnois de ARKKI et aujourd’hui, les conceptions ont évoluées ; la pensée de Jan Gehl, professeur à l’Institut d’Architecture des Beaux Arts, a marqué les esprits de la jeune génération. Pour vous en convaincre, je vous propose de visionner cette vidéo : vous y découvrirez notamment l’architecte Christian Cold, (Entasis), auteur du plan d’urbanisme pour la réaffectation du site de Carlsberg, un des grands chantiers à venir dans la Capitale : densité, petite échelle, mixité des fonctions, mixité sociale, animation culturelle et commerciale, accent mis sur l’espace public, mise en valeur du bâti et de la trame industrielle (réseau de cave et de passages souterrains ) etc…

A noter que le plan de Entasis, pour Carlsberg (que nous avons pu découvrir au siège de la brasserie) a obtenu le prix du meilleur Masterplan au WAF de Barcelone, en 2009. Carlsberg ou la ville classique modernisée. A voir dans quelques décennies.

Autre personnalité émergente dont les idées marqueront le devenir de Copenhagen : Dan Stubbergaard. Son agence COBE a été sélectionnée, au terme d’un concours international, par By&Havn pour concevoir les plans de développement de Nordhavn, le Port Nord, qui va progressivement faire place pour un nouveau pan de ville destinée à accueillir 40.000 habitants. Un peu difficile d’imaginer ce que donnera le plan, mais l’accent est clairement mis sur la qualité et la disponibilité de l’espace public, le respect du patrimoine industriel, la mise en valeur de la nature et de l’eau, etc…

Dan nous fera aussi découvrir le tout nouveau Centre culturel conçu par son bureau. Belle réalisation, douce, fonctionnelle, ouverte et agréable. Alors que le Centre venait à peine d’ouvrir les portes, il vivait comme une fourmilière.
Il est remarquable de constater, au fil de nos rencontres, que la dimension « environnementale » des projets est peu mise en avant, à tout le moins en sa dimension énergétique, tellement les préoccupations de réduction des émissions de gaz à effet de serre semblent intégrées et prises en considération de manière évidente. Remarquable aussi le discours d’un ingénieur-économiste du bureau Ramboll, dénonçant les mesures écologiques gadgets (souvent visible et à petite échelle), prônant une approche globale et intégrée (au niveau de la ville et de sa périphérie) de la question de l’énergie. Ceci dit, il me semble que l’aspect « isolation » et « performance énergétique » sont ici moins développés que dans un pays comme l’Autriche (l’isolation du bâtiment 8Tallet de BIG m’a paru très légère), et je me demande si cela n’est pas simplement à expliquer par la grande disponibilité de la chaleur produite par les centrales électriques et distribuée par réseau urbain.

Autre constat, qui revient comme une constante : l’absolue nécessité d’intégrer la flexibilité dans la planification. Discours entendus auprès de Christian Vilardson et de Dan Stubbergaard. Et principe formalisé dans le plan élaboré par les bureaux White et Gehl pour le quartier de Varvsstaden à Malmö, sous la nom de « Value Based Planning » : « … this form of value planning is about developping a long term structure based on value rather than physical structure. Untill now, physical structures intended to function over long period have tended to be too fixed and not allow room for flexibility. This risks losing the overall vision for the area and compromising key qualities over the time ».
Asa Bjerndell du bureau White nous expliquera qu’initialement (2006), un bureau danois avait établi un master plan détaillé pour l’ensemble, définissant gabarits et fonctions pour chacune des parcelles… mais que ce plan avait amené les autorités et le propriétaire dans un impasse. Suite à quoi, le nouveau plan (de White et Gehl), value based, a été établi.
A Malmö, on nous expliquera aussi que, au fil des phases de développement de Vastra Hamnen, les relations entre les différents acteurs (autorité, entrepreneur, promoteur, architectes, techniciens, …) s’est améliorée pour finir par établir entre eux une sorte de terrain commun. Cette entente a été formalisé dans ce qu’ils ont appelé le « creative dialogue ». Sans doute pareil processus de construction de confiance entre acteurs est-il la condition à une d’urbanisme souple telle que proposée par White et Gehl.

Dernier enseignement : les aménagements provisoires pour apporter la vie dans des lieux à urbaniser, comme à Carlsberg, l’idée du test 1 :1 (Plugnplay dans Orestad).
Enfin, l’image bien scandinave de ce couple arrivant en barque, ce soir chaud et lumineux d’été, à une session de tango en plein air, sur la terrasse de la Royal Play House, au centre de Copenhagen.

Crédit photo: ©Xavier Lichtfus. Pour voir plus de photos, rendez vous sur le blog ARICIA ARCHITECTURE). Le texte est même.

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